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Exposition Terre & Mer, Aquarelles de Bretagne sud de Christian Ropart

jusqu’au 28 mai à La Salorge

Christian Ropart est né le 1er février 1947 à Quimperlé dans le Finistère. Tout petit, il développe une passion pour le dessin. Il passe des heures à observer le monde qui l’entoure et ses cadeaux de Noël et d’anniversaire sont en lien avec le dessin.

C’est donc tout naturellement que plus tard, il choisit d’entrer à l’École des Beaux-Arts, pour apprendre les techniques, la perspective. Son objectif est de suivre la section Arts-Plastiques pour devenir professeur de dessin ou travailler dans la mode. Christian Ropart intégrera donc l’École des Beaux-arts, mais en section « architecture et maîtrise d’œuvre ». A l’issue de son parcours, il est embauché dans un bureau d’études en tant que dessinateur projeteur. Nombre de maisons individuelles, dont la sienne, ont donc été dessinées par lui en Bretagne sud.

En parallèle de son emploi, il continue à dessiner pour le plaisir, portraits et paysages au fusain, au lavis, série de croquis en noir et blanc sur des métiers disparus.

À 41 ans, et après avoir créé sa propre entreprise, Christian Ropart est contraint de cesser toute activité professionnelle après avoir développé les premiers signes d’une maladie dégénérative qui s’attaque peu à peu à ses capacités physiques. Il se tourne alors vers l’aquarelle qui devient sa source d’occupation principale. Repérages photographiques, quadrillage au crayon, précision du dessin à l’échelle, et enfin aquarelle. Cela lui demande énormément de calme et de concentration, car il recherche la précision dans la ressemblance, dans l’exactitude.

Christian Ropart exposera à diverses occasions, de façon individuelle (Perception de Lorient, inauguration d’un Crédit Agricole, Port-Louis,…) ou collective (Centre Culturel des Arcs de Queven, Palais des Congrès de Lorient, jusqu’au Fousseret en Haute-Garonne). Outre l’aquarelle, il réalise également des portraits et des plans de maisons pour ses enfants.

La maladie prenant le dessus, Christian Ropart perd peu à peu la précision du geste qui lui était si chère, abandonne l’aquarelle. Il continue cependant à dessiner dans ses carnets caricatures et croquis jusqu’à ne plus pouvoir dessiner du tout pendant les dernières années de sa vie. Il décède le 2 mai 2019 à l’âge de 72 ans.

Sa fille Clélie est parmi nous ce soir, nous la remercions d’avoir accepté la reprogrammation de l’exposition, qui n’avait pu se faire en 2020 pour cause de covid.

Le ciel est, par-dessus le toit… (Paul Verlaine)
Le ciel est, par-dessus le toit,
Si bleu, si calme !
Un arbre, par-dessus le toit,
Berce sa palme.
La cloche, dans le ciel qu’on voit,
Doucement tinte.
Un oiseau sur l’arbre qu’on voit
Chante sa plainte.
Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là,
Simple et tranquille.
Cette paisible rumeur-là
Vient de la ville. (…)

On va vers les œuvres d’un peintre avec nos propres souvenirs… Des mots, des bribes de discours, de chants, de poèmes, qui font écho aux images. Il y a une matière et un esprit… Les couleurs sont la matière, le geste du peintre son esprit.

On va vers une œuvre d’art à travers trois phénomènes vibratoires : la lumière, la couleur, et un élément sans nom, essentiel, l’Esprit. L’esprit d’un homme, Christian Ropart qui a peint cela : ses choix, cette délicate transparence vibratoire de l’aquarelle qui nous transmet à la fois la vie des hommes (les bateaux, la pêche, le long cours), celle du vent et de la mer, et aussi la Terre sous nos pieds. Tout cela forme un style, celui de Christian Ropart, « L’art, c’est ce par quoi les formes deviennent style » (Malraux). Le but n’est pas de donner aux paysages, à la ville, aux maisons, aux bateaux, à la mer, des doubles qui seraient plus « vrais » qu’eux, mais de donner à ces choses une autre existence magnifiée par le style du peintre, sa manière de s’emparer des éléments du réel pour en faire des œuvres. Ainsi, personne ne songerait à faire une symphonie du cri des mouettes, mais le musicien peut bien s’inspirer de ces cris de détresse pour en faire un chant martial ou de désespoir. Ainsi fait aussi le peintre.

Christian Ropart a choisi l’aquarelle, une discipline difficile et ingrate, car chaque coup de pinceau est définitif : dans la peinture à l’huile, on a droit à l’erreur, au repeint, au repenti… On peut toujours corriger la maladresse. L’aquarelle, elle, ne pardonne pas, elle demande une sûreté du trait qui ne supporte pas la gaucherie d’un coup de pinceau accidentel. L’aquarelliste peint sur l’instant, son œuvre est dans le geste présent, ou elle ne sera plus.

Et ses chefs-d’œuvre sont uniques : plus que des paysages, c’est le sentiment, l’état d’âme du peintre aquarelliste qui lui fait choisir tel ou tel sujet ; telle lumière, telle couleur dans l’instant, un présent qui ne dure pas : le présent, dont Platon nous dit qu’il est « L’image mobile de l’éternité immobile », Christian Ropart le peint comme un moment d’éternité volé à la mobilité du présent qui passe.

J’ai commencé cette présentation en citant un poète, je la terminerai par celle d’un ami écrivain, lui aussi disparu, Jean-Noël Trebaul, dont l’écriture à la fois limpide et elliptique se résume en une phrase simple et vraie :

« Le jour est simple comme une barque. »

C’est aussi ce que nous disent ces œuvres de Christian Ropart.

Michel Le Guen (2022)

Mis à jour le vendredi 13 mai 2022

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